Agriculture sans élevage

Un article de Abolition.

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Estiva 3 Oct 2009 20:55

Subject: [abolitiongroup] Un trou dans la perspective "abolition"


Transversale illisible que je vous livre avant d'oublier (même pas dispo en pour discuter ou faire des recherches sur le sujet)

Dans le mouvement contemporain pour l'égalité animale il y eut :

=> Un temps 1 où l'on explora les fondements éthiques de tout ça et où on le traduisit principalement en injonction dirigée vers l'agent moral décideur de son propre comportement. "Toi là tu devrais devenir vg si t'as 2 sous de rectitude morale, de cohérence, etc." Concrètement : demander aux gens de consommer autrement.

=> Un temps 2 où l'on devint plus attentif - au fait que l'homme est un animal social, qu'il carbure pas à la rationalité pure, que son réseau social c'est pas que sa petite famille conduisant son caddy au supermarché, qu'il est nécessaire de peser sur l'organisation globale de la société... - au fait qu'il faut pas penser qu'à la logique de consommation mais qu'il y a en face une logique économique de l'offre... L'abolition de la viande c'est une des facettes du temps 2. De façon plus générale, relèvent du temps 2 le fait que les gens se sont mis à travailler pour influencer qui des entreprises et réseaux de distribution, qui le système éducatif, qui la réglementation...

A propos d'offre, certes, on progresse sur la prise en compte des facteurs institutionnels et économiques qui jouent. Mais on n'a pas fait beaucoup attention à l'aspect technique.

On en est à : disparition de l'élevage, ça fait plein de place pour cultiver des légumes.

Certes, c'est pas notre métier d'être des pros de l'agriculture, mais je me demande si on peut continuer à être ignares totalement sans rester assez démunis devant une certaine objection.

L'agriculture ça demande pas uniquement de planter des ptites graines. Ca pousse mieux avec de l'engrais. Les engrais c'est du pétrole. Le pétrole s'épuise. Parmi les autres engrais (j'affirme sans vérifier), on trouve en tête de gondole, l'engrais bio. L'engrais bio c'est en grande partie du fumier et autre kk animal, un peu de sang séché, ce genre de choses. (Y'a des algues aussi, des machins végétaux, mais ptet pas massivement)

Ce qui soulève l'objection : si on abolit l'élevage, ousqu'on va trouver les fertilisants pour faire pousser les légumes ?

C'est sûrement pas impossible, il existe déjà des réseaux (toupti il me semble et pas forcément adaptés à la production de masse) d'agriculture bio-végane, peut-être que la chimie peut à terme produire des quantités d'engrais non pétroliers, peut-être que le kk humain est une ressource précieuse et inexploitée, peut-être qu'il y aura des troupeaux de vaches sauvages et des gens dont l'emploi sera de passer derrière avec une pelle et un seau pour ramasser les bouses...

C'est sûrement pas impossible, mais je crois pas qu'on ait déjà un bon dossier ou des liens auxquels on peut facilement renvoyer, pour étayer comment c'est techniquement tout à fait faisable de transitionner vers une agriculture sans élevage. (Il y a sûrement des expériences d'agriculteurs bio qui n'emploient que du végétal, ce que je me demande c'est s'il y a un savoir accessible sur comment s'y prendre pour produire de tout à grande échelle sous différents climats à partir d'engrais non animaux et sans compter éternellement sur le pétrole).





Anou Shawan 3 Oct 2009 20:23

Subject: RE: [abolitiongroup] Un trou dans la perspective "abolition"


C'est vrai qu'il faut faire un peu de recherche sur le sujet.

Un lien qu'on peut ajouter à ce futur bon dossier: http://www.novaquatis.eawag.ch/tool/nomix121e/nomix.html

Anou




Antoine Comiti 3 Oct 2009 22:44

Subject: [abolitiongroup] Re: Un trou dans la perspective "abolition"


A ce sujet, en 2004 aux Estivales de la question animale ( <>http://question-animale.org  ) il y avait eu cette intervention :


L'AGRICULTURE BIOLOGIQUE VEGETALIENNE, conférence-débat animée par Stéphane Groleau, 10 août 2004

Adopter une alimentation végétalienne est un des meilleurs moyens pour réduire l'exploitation animale et réduire notre pression environnementale. Malheureusement, qu'en est-il de la façon dont les fruits et légumes sont produits? L'utilisation des animaux ou des leurs dérivés reste central dans le système de production agricole (ex. fumier, poudre d'os, farine de sang).

Pourtant, une agriculture végétalienne (sans aucun intrant animal) est possible et présente dans plusieurs pays, mais requiert un changement de paradigme... Stéphane présentera les "Qui ?", "Quoi ?" et "Pourquoi ?" de l'agriculture végétalienne.

Après une formation de 3 ans en agriculture biologique, ce québécois parcourt l'Europe depuis 5 mois afin de visiter fermes, entreprises et communautés intéressées par l'agriculture végétalienne et desire établir un réseau francophone d'agriculture biologique végétalienne.





David Olivier 04 Oct 2009 01:49

Subject: Re: [abolitiongroup] Un trou dans la perspective "abolition"

C'est sûr que ce serait bien de creuser ce sujet. Mais j'ai l'impression a priori qu'il n'y a pas trop d'inquiétude à avoir de ce côté-là pour l'abolition de la viande, au contraire; et ceci, toujours pour la même raison: le passage par l'animal ne produit rien, il ne fait que consommer; on le sait pour les protéines et les calories, mais du coup cela est vrai aussi pour les engrais.

Le constituant le plus important des engrais, et dont la production implique le plus de consommation de pétrole, c'est l'azote. <http://en.wikipedia.org/wiki/Haber_process#Economic_and_environmental_aspects>D'après Wikipedia, le procédé Haber-Bosch, utilisé pour produire les engrais azotés, consommerait de 1 à 2% de l'énergie produite par les humains.

Or grosso modo, azote = protéines = élevage. C'est précisément parce qu'on mange les animaux qu'on est obligés de restituer constamment aux sols autant d'azote.

L'azote (nitrates, ammonium, urée) est utilisée par la plante pour faire des protéines. Ces protéines sont utilisées pour l'alimentation des animaux d'élevage, lesquels les fixent dans leur chair. En fait, ils n'en fixent qu'une petite partie, par exemple un sixième; le reste est excrété, devenant du purin qu'on épand sur les champs, etc.

En somme, si on consomme directement les plantes, on a besoin de peut-être six fois moins d'engrais azoté.


Maintenant, concernant l'histoire des engrais bios genre fumier, sang, etc. Là aussi, il s'agit d'engrais azotés (sang = apport de protéines, qui se décomposent en redonnant de l'azote au sol; fumier = urine = urée, composé azoté). Les animaux n'ont pas fabriqué eux-mêmes l'azote qu'ils nous fournissent par leurs déjections ou par leurs dons du sang. Ils l'ont pris dans les plantes qu'ils ont mangées, lesquelles l'ont pris dans le sol, qui l'a lui-même reçu sous forme d'engrais. Donc derrière l'engrais bio animal, il y a au bout du compte un autre engrais:

engrais -> plantes -> animal -> fumier, sang -> engrais

Comme dans ce circuit il y a des pertes, ça ne peut tourner en circuit fermé (où l'engrais de départ serait lui-même du fumier et du sang). Il y a forcément entrée dans le circuit d'un autre engrais, non bio. Et cela, en quantités plus grandes que si on utilisait cet autre engrais directement!

Le problème de la manière dont on pourra produire les plantes nourrir les humains dans un monde sans viande est réel. Mais il n'est pas plus réel que dans un monde où on mange les animaux; au contraire.


Le seul problème par rapport à l'abolition de la viande, c'est l'ignorance des gens à ce propos. On entend encore constamment les gens parler comme si les animaux étaient une source primaire de nourriture, oubliant qu'ils mangent les plantes qu'on cultive pour eux. De fait, une grande part de l'agriculture correspond à la production forcée de plantes sélectionnées pour être riches en protéines, sur des sols saturés d'azote, tout ça pour compenser le fait que les animaux à qui on les donnera en gaspillent la plus grande partie.

Quand le stock de nitrate d'ammonium de <http://fr.wikipedia.org/wiki/Explosion_de_l%27usine_AZF_de_Toulouse>l'usine AZF a explosé à Toulouse en 2001, c'était un accident d'élevage. L'usine fabriquait des engrais (AZF = AZote Fertilisants) à partir de gaz naturel. Ces usines existent à cause de l'élevage.

David




David Olivier 04 Oct 2009 12:47

Subject: Re: [abolitiongroup] Un trou dans la perspective "abolition" (David)


Pas de probléme pour citer mon message.

Je ne m'étais pas particulièrement mis dans la perspective de l'agriculture «bio», car je pense que le mot lui-même est une construction sociale et historique sans aucune définition cohérente. On le voit bien avec cette histoire d'engrais bios faits de fumier et de sang séché. C'est bio parce que ça vient d'animaux. Mais l'origine de l'azote en question, c'est l'usine AZF.

Exemple, le premier document pertinent qu'on trouve sur google en tapant «"agriculture biologique" engrais»:

<http://www.vienne.chambagri.fr/infospratiques/agriculturebio/fertilisation.pdf>[1]

Les matières organiques utilisables:

– Les effluents d'élevage biologique (utilisation soumise à l'autorisation de l'organisme de contrôle)

– Les fumiers (bovins, ovins, caprins, porcins...), provenant d'exploitations en conventionnelle, à condition qu'ils proviennent d'exploitations ayant moins de 2 UGB / ha.

- les effluents d'élevage conventionnels (fumiers de volailles, lapins...), à condition qu'ils proviennent d'exploitations ayant des surface d'épandage et qu'ils soient compostés (dérogation jusqu'en 2005)

- Les lisiers et purins d'élevage conventionnels, à condition qu'ils proviennent d'exploitations ayant des surfaces d'épandage et que ces lisiers et purins soient aérés.

– Les déchets verts, à condition qu'ils ne contiennent plus de résidus de produits chimiques et pas de métaux lourds en excès (cf. annexe du cahier des charges) .


Ça confirme bien : l'agriculture biologique est dépendante, pour ses engrais, de l'agriculture «conventionnelle», qui est dépendante d'AZF.

Il y a en fait une possibilité d'«entrée» d'azote dans le circuit autre qu'AZF: certaines bactéries fixent l'azote de l'air, naturellement. C'est comme ça que les plantes subsistent au cours des millénaires, en l'absence de l'action humaine. Mais cette entrée d'azote est relativement limitée. Elle est encouragée par les cultures de légumineuses, mais même dans ce cas, je ne pense pas que ça puisse remplacer AZF, sauf en diminuant nettement les sorties, c'est-à-dire la consommation humaine de protéines et les effluents genre lisier. En somme, le problème est insoluble sauf en diminuant fortement l'élevage.

Ça n'est pas un argument pour l'abolition de la viande en soi - c'est-à-dire pour la suppression complète des élevages - mais ce n'est certainement pas un argument contre l'abolition!

David

"Isabelle p" 04 Oct 2009 17:17

Subject: [abolitiongroup] Re : Un trou dans la perspective "abolition"


salut il se trouve que mon voisin est un ""spécialiste"" de ces questions pointues sur une agriculture de ... pointe! il a créé un site, un journal et donne de conférences dans le monde entier sur la chose enfin il est très sympa et sensible à nos arguments bref je vais l'auditer sur cette question technique de la gestion et l'origine de l'azote comme fertilisant en attendant j'ai déjà trouvé cet article de lui sur son site j'ai commencé à le lire meuh j'y reviendrai à tête plus reposée voilà pour vous

<http://www.agriculture-de-conservation.com/L-azote-en-TCS-beaucoup-de.html?id_mot=14>[2]

sauf stupidity de ma part je crois bien que des solutions existeraient réellement pour trouver des "substituts" à l'azote d'origine animale à suivre tchuss




Anne-Claire DESPRETZ 4 Oct 2009 22:30

Subject: Re: [abolitiongroup] Re : Un trou dans la perspective "abolition"


Bonjour,

Il existe dores et déja des modèles d'agriculture veganne sans exploitation animale <http://www.vegetarisme.fr/ressources.php?content=ressources_articles_detail&article=28> [3]

Et il y a des liens tout en bas.... Si ça peut répondre à la question... Bises

Anne-claire



yves bonnardel 5 Oct 2009 18:15

Subject: Re: [abolitiongroup] Un trou dans la perspective "abolition"


Bon, sinon, malgré tout, la question des fertilisants préoccupe un peu toutes les personnes que je connais qui sont végétariennes ou végétaliennes pour les animaux et qui font du maraîchage ou autres cultures (sans parler des céréales !) ; moi-même fais un gros potager, qui fonctionnait bien au début (parce qu'il devait continuer d'être saturé en azote venant du fumier de l'exploitation de chèvres qu'il y avait avant que j'arrive), mais qui ne donne plus les immenses courgettes et courges du début, parce que je n'utilise ni intrants d'origine animale, ni intrants "industriels" ; et les apports en fertilisants venant de mon compost (qui comprend aussi le contenu des trois toilettes sèches du lieu) ne suffisent pas, loin de là... Il y a des parcelles de terres pauvres que je ne suis pas en mesure de fertiliser correctement de façon à obtenir des récoltes valables.

Plusieurs ami-e-s qui font du maraichage se posent la question de façon aigue ; à l'heure actuelle, on n'a pas vraiment de solution autre que d'origine animale ou industrielle (pétrolière, généralement) pour maintenir la fertilité des terres ; certains ont essayé le bois raméal fragmenté, dont on espérait beaucoup, mais ont été souvent déçus ; d'autres font des essais de compost d'ampleur (le compost est une belle innovation relativement récente, je crois), mais c'est pas évident à mettre en oeuvre : on ne le fait pas avec du foin ni de la paille...

Bien sûr, si on changeait de système concernant nos propres déjections, ça ferait vite un apport important en fertilisants : au lieu de déverser nos cacas dans de l'eau, ce qui impose ensuite de devoir l'assainir tout de suite après à grands frais (et grands coûts en énergie et en pollutions diverses potentielles), si on le récoltait et le compostait par un système de toilettes sèches, ça aiderait grandement, même si pas suffisamment pour autant pour tous les besoins...

Et, surtout, il faudrait rompre avec la logique productiviste actuelle, qui exige les rendements maximaux, et rend invivables économiquement les solutions qui demandent plus de temps, plus de terres, plus d'énergie humaine (mais généralement moins d'énergie fossile) ; car les engrais verts fonctionnent plutôt bien, mais aussi d'anciennes solutions comme l'assolement triennal (qu'on a appris à l'école, mais qui n'est plus pratiqué, car non rentable)... Ce serait possible... dans un autre monde ; ça demanderait plus de surface de terres par quantité de céréales produites, mais comme la fin de l'élevage, à l'échelle mondiale, aurait libéré au moins 75% des terres arables, ce ne serait plus un problème ; mais ça demanderait surtout sans doute plus de temps et plus d'énergie par quantité produite, donc un changement de système économique ; il s'agit donc d'une question politique, car de même que la PAC a été instituée par décision politique, une autre politique agricole serait possible si une pression populaire existait.

yves

Isabelle p., 24 octobre 2009 : l'avis de Frédéric Thomas

je l'ai donc posée à mon voisin qui est carrément un ultra spécialiste de la question... de façon très simple:

"pourrait on se passer des apports animaux en azote dans l'agriculture?" sa réponse est sans appel: oui.

il m'a rappelé au passage que l'utilisation intensive et systématique de ces apports animaux date de la Révolution française, dans le cadre d'un changement radical de l'agriculture etc.

pour lui c'est clair: pour avoir de l'azote dans les cultures les légumineuses sont parfaites.

exemple: le must ce sont les haricots: tu les cultives, ça nourrit la terre en azote, ça produit des protéines et nos déjections sont par la suite très riches en azote... déjections que nous devrions utiliser comme engrais! bon j'imagine que vous saviez déjà un peu tout ça mais moi ça m'a fait du bien de l'entendre de la part de Frédéric Thomas, mon voisin donc, qui est par ailleurs tout à fait omnivore - mais - intelligent ;-)

plus d'infos sur son travail ici: http://www.agriculture-de-conservation.com/-Frederic-Thomas-.html

et sur l'azote un des articles ici: http://www.agriculture-de-conservation.com/Legumineuses-il-est-urgent-de-les.html?var_recherche=azote

Anou, 1 décembre 2009 "Animal Free Agriculture Database"

DATABASE ON ANIMAL FREE AGRICULTURE 1700+ REFERENCES

"Editor's Note: Thanks to Patricia Tricker of the Vegan Society for this news item.

The Vegan-Organic Network, in collaboration with Vegatopia, have compiled a new database of over 1700 scholarly references related to the science, practice and benefits of animal free agriculture: http://www.vegatopia.org/bibliography.html

For notes explaining the database fields and the abbreviations used, see http://www.vegatopia.org/pdfs/dave%20of%20darlington%20database%20notes.pdf "